L’ARCHITECTURE MANIFESTE 2023

du 29 Novembre au 20 Décembre 2023

Douze agences sont invitées pour exposer autour de la pratique du projet, de sa conception même et non pas de son résultat, sous l’intitulé «Manifeste».

Pour ce faire, nous faisons appel à certains architectes dont les pratiques se croisent et nous présentons une réalisation de leur part mettant en scène leur démarche.
Il ne s’agit pas là de présenter une réalisation architecturale réalisée, en cours ou à venir.

Mais de présenter, à l’intérieur d’un volume précis, l’expression d’une démarche, d’une pratique, d’un cheminement de pensée, de processus desquels émerge l’architecture.
Seul le volume est donné, et aucune restriction de médium n’est imposé.

Le contenu même de l’exposition se caractérise par ces réalisations. La mise en scène de ces « objets » permet de comprendre, de comparer, des pratiques d’horizons divers, dont pourtant les résultats nous semblent proches.

Bref, cette idée de mettre en boîte son processus architectural nous semble intéressant lorsqu’il se retrouve confronté à d’autres.

LIVRET DE L’EXPOSITION

Crédits photos: Emmanuel GROUSSARD ©

55 – ANTOINE DEVAUX

Espèces d’échelles Capa-cité – Domesti-cité

 

On construit une cabane?

La plupart des cabanes sont uniques et in situ.
Elles sortent d’un rêve, d’un jeu, et s’adaptent à un lieu et des moyens bien souvent limités… C’est un peu ce que YokYok tente de faire avec les lieux qu’il découvre. Quand on a rien ou presque, le lieu représente beaucoup, parfois le principal.
Si l’on peut s’en servir comme structure, alors il faut le faire. Le point d’accroche est notre point de départ de l’économie de moyens. Et la question qui revient toujours, “mais où s’accrocher?”.

La cloche devient structure. Elle offre un point haut, une clé de voûte transparente. Par l’aimant, on établit une communication magnétique avec l’extérieur Celle-ci devient structurelle.

Malgré cette situation sous cloche, nous sommes en relation directe et physique avec le dehors. Cette aide précieuse nous fait prendre de la hauteur. L’abri devient support. On se libère du sol. On pendouille sereinement au-dessus du vide.

56 – ATELIER FEZI

A l’abandon

 

Prendre ses rêves, en remplir des coffrets abandonnés. Allumer les étoiles et la lune suspendues à notre petit monde. Dessiner des arabesques d’ombre sur sa peau. Une petite folie, mélange de peur et de fascination accueille L’imaginaire des enfants-trésors. Ils animent cette chambre des merveilles. C’est un décor en construction – déconstruction ; Un petit monde chaque fois réinventé par les enfants. Ils savent transformer les jouets en lieux.

Dessiner des espaces comme on raconte une histoire.
L’architecture est alors narrative et symbolique, le jardin devient l‘espace d’une expérience sensible et lieu d’évocation où l’imaginaire prend tout son sens. Dans Folk Paysages, il y a le peuple, «les gens» mais aussi le folklore, les traditions. C’est mon jardin d’enfance nourrit des légendes des Monts d’Arrée que j’essaie de redonner à chaque fois, il est très riche parce que j’ai pu grandir en liberté en faisant des barrages dans les ruisseaux ou en grimpant des talus qui donnaient l’impression de gravir des montagnes !

C’est le site et ses différentes couches d’histoires, ses connexions aux vastes réseaux de corridors et de réservoirs de biodiversité, son exposition à la lumière et aux vents, son relief, son rapport à l’eau et au grand paysage, sa sensibilité, sa beauté, son appropriation passée ou en cours qui façonnent le conte. L’idée est de s’inscrire dans le lieu de la façon la plus douce possible, d’en révéler ses différentes matérialités et épaisseurs.

Une fois le conte écrit, l’important dans ces jardins c’est la façon dont on les fabrique, c’est l’histoire que l’on vit collectivement. D’abord dans l’écoute du lieu puis dans l’implication de ceux qui le construiront. Rechercher des matériaux de récupération, des ressources naturelles, des techniques anciennes ou vernaculaires, des pratiques artistiques, valoriser le savoir-faire et la créativité des agents techniques, et s’appuyer sur la générosité des enfants et leur liberté pour aller au-delà du jardin défini sur plan et l’enrichir lors du chantier, de la vision collective et des sensibilité individuelles. Créer un cadre sous forme de conte pour déclencher la liberté de création et de fabrication dans cet imaginaire.

Ecrire les premières lignes d’une histoire, puis s’éclipser tout doucement en espérant que le jardin continuera à vivre et à s’écrire bien après.

57 – COLLECTIF DALLAS

Nous sommes conscients tout à la fois de la puissance et de la fragilité des écosystèmes : l’importance et la préciosité de l’eau, la richesse du vivant avec lequel on cohabite, la place qu’il faut accorder aux biotopes, et l’importance des symbioses à créer pour vivre de manière soutenable.

Inspirés par ce subtil équilibre entre ressources disponibles et lieux de vie, entre ce qui préexiste et ce qui adviendra, nous pratiquons une architecture entre cour et jardin.

Une architecture technique (la cour)

. un appétit pour la recherche de solutions environnementales concrètes,

. les dispositifs passifs, le low-tech et leur mise en œuvre,

. l’expérience de la matière, du chantier,

. la rigueur économique

Et nous cultivons l’imprévu (le jardin)

. celui des usages,

. des changements de situations,

. des changements de paradigmes,

. des gens qui commandent, des gens qui habitent

Nous nous intéressons de près à la mise en œuvre,

. le tangible, la rationalité, la matière pour nous attacher sur le fond à la mise en scène

. donc au temps, aux mouvements, aux gens.

A l’Atelier Fuso, nous alimentons une pratique qui se veut performative.
Nous considérerons l’architecture comme la culture de faire avec ce que l’on a, avec rigueur et imagination pour rendre possible des interactions et des itérations, des scénarios encore non écrits, pour des gens bien vivants.

Ce sont la plasticité et la « durabilité » de l’architecture qui nous intéressent derrière sa technicité. L’architecture comme support de ces dynamiques. Sa capacité à s’adapter et à rendre possible. A perdurer dans le temps. Sa capacité à restituer tout simplement ce qu’on nous a prêté, à le représenter en somme.

Daniel GARCIA

58 – COLLECTIF POURQUOI PAS

Nous prônons une architecture ancrée dans l’histoire et la géographie d’un lieu. En comprendre l’essence permet d’en définir l’implantation, la morphologie, les tracés, et de construire avec des matériaux cohérents.

La question de l’empreinte est essentielle. Empreinte carbone, empreinte dans le paysage, empreinte dans la ville, empreinte culturelle.

C’est ainsi que commence la fabrication d’un projet à l’agence. Après une analyse du contexte et du programme dans son sens large (géographique, économique, historique) nous identifions les enjeux majeurs pour poser l’équation.

De cette analyse, nous définissons les matériaux, qu’il convient ensuite de mettre en œuvre afin qu’ils fabriquent des vides, lumineux ou tamisés, ouverts ou protecteurs, capable de modifier leurs rapports à l’extérieur au cours de la journée, pour y accueillir au mieux les activités humaines. Les pleins qualifient les vides. Les vides qualifient les pleins.

A chaque situation, nous réinterrogeons l’échelle et l’impact des constructions sur leur environnement pour définir la juste dimension des volumes bâtis, leur fragmentation.

Le groupe scolaire en Normandie est ainsi l’occasion de construire en bois et en ardoise locale, reprenant des morphologies traditionnelles de longères. L’école de Sartrouville est réalisée en pierre massive porteuse, la maison de Garches est constituée en partie de meulière issue de la déconstruction de l’existant et les équipements du Parc des Loges d’Evry fabriquent un village de pavillons en pisé et bois au cœur d’un parc. Des matériaux pérennes, décarbonés, issus de procédés constructifs séculaires mis en œuvre de façon contemporaine. Nous chassons tout élément superflu pour revenir à une architecture composée de ses éléments essentiels.

Notre culture commune et personnelle nourrit nos intuitions, qui s’invitent à la fin de ce processus de fabrication du projet. Elle est cet élément impalpable qui permet de choisir, de conclure, de figer l’argumentaire rationnel et qui insuffle la vie à un projet pour en faire un récit.

Maquette conceptuelle : empreinte du projet d’équipements du Parc des loges en pisé et en bois à Evry-Courcouronnes.

59 – GENERALE

Aujourd’hui, nous ne sommes plus des maîtres bâtisseurs, mais des maîtres narrateurs ; les architectes rendent possible et font avancer le dialogue entre les innombrables parties prenantes d’un projet, que ce soient les utilisateurs, les investisseurs ou les ingénieurs. Et nous, architectes, sommes ceux qui vont faciliter l’échange entre tous ces intervenants dans le cadre de situations complexes. En l’absence d’un architecte venu présenter son travail, ils ne parviendraient pas à échanger. De cette façon, nous rendons possible le dialogue entre la ville, le promoteur et les riverains. Aujourd’hui, chez K A AN Architecten, nous ne produisons pas de l’architecture, mais avant tout des présentations : l’architecture naît du processus même de représentation et de narration qui sous- tend le projet.

Andrew AYERS, « Grands Narrateurs », entretien avec Kees Kaan, L’Architecture d’Aujourd’Hui – Hors Série, 28 Octobre 2019.

60 – GUILLAUME APPRIOU

Ouvrir la cloche, inviter à faire un pas de côté, encourager la circulation des idées, entre les domaines et entre les acteur.ice.s.
S’implanter dans un milieu, faire le choix de s’y investir pour le rencontrer, l’explorer, le découvrir, sur le terrain et dans la durée.

Penser le projet tel un processus organique, vivant, enraciné et en interaction avec le milieu dans lequel il se développe.

Proposer des outils qui invitent chacun.e à se mettre en action, à nourrir le processus, se l’approprier, et à en prendre soin dans le temps.

Nous nous positionnons entre et avec ces multiples dynamiques. Nourries par notre envie d’apprendre et de participer activement à l’élaboration de projets sur-mesure intimement liés aux territoires, nous nous y immergeons tout en assumant notre place de tiers, de trait d’union – d’esperluette – entre différent.e.s interlocuteur.rice.s, mondes, langages et préoccupations. On écoute, on traduit, on expérimente et on ajuste, on s’accorde, on propose, on soutient.

61 – GENS

10L

 

Température et mesure

La moitié des ressources naturelles extraites en Europe (1) sont utilisées pour la construction qui produit un tiers des déchets du continent. Au niveau mondial, la construction représentent plus de 35% de la consommation finale d’énergie et près de 40% des émissions de CO2(2).

Conception augmentée

Il est nécessaire de changer de paradigme pour faire évoluer nos pratiques en diminuant radicalement la consommation de matériaux. Les outils de conception digitaux nous aide à diminuer notre consommation d’énergie et les quantités de matière comme d’inventer de modes opératoires et de nouveaux modèles architecturaux.

Durable, mais éphémère

La prise en compte de la durée varie en fonction du contexte social et culturel. Tout projet exige en amont une réflexion approfondie pour comprendre la vie des bâtiments, de sa construction à sa déconstruction. Investir en conception permet d’anticiper et de transformer.

Économies circulaires

Cette approche étroite conjuguée à une surenchère sécuritaire et normative se traduit par des processus linéaires de construction et d’utilisation des matériaux qui génèrent inévitablement des déchets. Une pensée circulaire permet de voir tous les bâtiments comme des gisements de structures, des composants et de matériaux qui peuvent alors être extraits, réutilisés, réaffectés et recyclés.

Systèmes hybrides

Des solutions constructives hybrides s’appuyant sur la diversité des filières et des territoires constituent la plus grande richesse de la construction. Le développement des matériaux biosourcés doit permettre de favoriser les filières courtes et une industrie à faible émission de proximité.

Construire pour vivre ensemble

Chaque projet est particulier. Définir avec précision les paramètres, intégrer les bonnes méthodes de production permet d’optimiser les coûts de production et réduire l’impact environnemental de la construction, tout en l’inscrivant dans la singularité de contexte et de son environnement sans négliger l’esthétique.

1 – “Material Efficiency of Building Construction”, Antti Ruuska and Tarja Häkkinen, VTT Technical Research Centre of Finland, Published: 1 July 2014
2 – “Towards a zero-emission, efficient, and resilient buildings and construction sector, Global Status Report 2017”, Prepared by Thibaut Abergel, Brian Dean and John Dulac of the International Energy Agency (IEA) for the Global Alliance for Buildings and Construction (GABC)

62 – AVENIER CORNEJO ARCHITECTES

OBJET INERTE :

Un bâtiment est un objet inerte, figé.
Qu’il soit de pierre, d’acier, de bois ou de béton, son seul mouvement intrinsèque est celui opéré par le temps qui, souvent lentement, parfois brusquement, le mène à la ruine.

USAGES VIVANTS :

L’humain habite et apprend à occuper des lieux. Qu’ils soient cavernes, cathédrales, pavillons ou T4 à Montgermont, l’humain s’y adapte avec plus ou moins de facilité, d’enthousiasme ou de générosité. Il les touche, les modèle, les modifie et les brutalise : il les rend vivants.

ARCHITECTURE ALCHIMIQUE :

À l’instar d’une réaction chimique qui teinte de bleu les ions de cuivre d’une solution en présence de soude, l’architecture naît de la rencontre entre un bâtiment et la vie insufflée en ce lieu par celles et ceux qui l’habitent. L’architecture n’est ni un art ni une technique, elle est une alchimie.

L’architecture naît de cette friction entre l’humain et son habitat. Elle est l’infime interstice entre le poster et le mur, l’assiette et la table.Elle est la parole, suspendue entre bouche et oreilles. Elle est la peinture « aubergine » du couloir et « chocolat » de la salle de bain. Elle est la poussière glissée sous le tapis, tout contre le parquet. Elle est la vibration sonore d’une enceinte bluetooth lors d’une fête entre amis.

Artefact architectural en attente d’alchimie, 2PMA, 2022, bois, béton et verre.

63 – META

Soleil vert

 

Pour un paysage partagé

Nos élus sont face à un paradoxe : ils doivent répondre aux impératifs d’économie du foncier et ceuxdelapréservationdessols,toutenpermettant l’arrivée de populations nouvelles. Longtemps, l’extension de nos villes et villages a été mal maîtrisée et a contribué à la dégradation des espaces naturels et agricoles ainsi qu’à l’appauvrissement du cadre de vie. Aujourd’hui, le modèle défendu est celui de la zéro artificialisation nette (ZAN). Nous devons donc engager une stratégie globale avec l’existant : résorber la vacance, démolir pour reconstruire, diviser le parcellaire, densifier, réhabiliter, investiguer les écosystèmes, revendiquer la mixité des systèmes constructifs, questionner les usages et les ressources mises en oeuvre. Notre rôle est d’accompagner les territoires dans un partage de ses ressources en présence.

Pour des ressources maîtrisées

La ressource est l’enjeu majeur des prochaines décennies. Après plus d’un siècle de relative abondance, nous continuons à les exploiter comme si elles demeuraient illimitées. Il faut donc établir voire rétablir la relation essentielle entre l’homme, son sol et son territoire proche. L’entrelacement des échelles, du grand paysage à la jonction des espaces domestiques doit permettre d’imaginer une valorisation réciproque de la ville, de l’usage et du paysage. Notre rôle est de faire prendre conscience de ces subtiles imbrications des écosystèmes mise en oeuvre.

Pour un village-jardin

Nous faisons le choix de défendre le concept de “village-jardin”. Dans un monde globalisé qui défend comme modernité la « ville monde », il nous semble important d’envisager un espace où les habitants se connaissent, échangent et s’entraident. Ce lieu offre des qualités d’usages du logement tout en préservant l’intimité de tous. Il représente un trait d’union entre le bourg et l’îlot où la trame de la ville se mêle à l’idée de nature domestiquée. C’est un espace au service de la ville et de ses résidents. C’est un projet qui évolue les ressources mise en oeuvre afin de respecter l’environnement dans lequel il s’inscrit.

 

• Soleil Vert – Roman SF de H.Harrison qui se déroule en 2022 – publié en 1966

64 – TACT ARCHITECTES

Ylé, issu du grec ancien hylé, désigne la matière première. Le cheminement de pensée porté par l’agence accorde une importance particulière à cette notion. Nous avons à cœur de créer avec la réalité de chaque milieu et d’utiliser le contexte comme outil de conception.

Notre conviction de replacer la matière au centre du projet découle en effet de l’analyse du « déjà- là ». Le site devient ressource du projet, et l’existant l’assise de nos interventions.

Notre approche correspond à l’exigence de retrouver des sensations élémentaires afin de faire réactiver chez l’usager sa capacité à ressentir. Elle ouvre de nouveaux champs à la sensibilité et à l’imagination. La vérité constructive du matériau est en effet un moyen de rapprocher l’homme de l’architecture, en offrant de subtiles différences chromatiques, des vibrations… Les imperfections sont recherchées.

L’acte de construire est selon nous porteur d’une certaine réalité sensible. En effet, il découle d’une matérialité authentique et signifiante. Ce paramètre donne toute son évidence à l’expérience de l’usager. Nous sommes convaincus qu’une approche globale du projet, ainsi qu’une synergie dans le processus de conception créent une architecture porteuse de sens.

Cette démarche développe l’imaginaire, le sens esthétique et l’ancrage dans le réel. L’immatériel est ici perçu comme matière.

Ylé travaille dans le respect du contexte pour créer la continuité et l’évidence.

Agence Ylé

Lucille Leyer, Romain Brochard, Samia Bachouchi, Léa Markatsch,

Marion Gomez, Mathilde Lamothe, Margot Carella